LE DIGITAL, ET LE COVID-19, DANS LE MONDE ?

Pour freiner la propagation de la maladie à coronavirus Covid-19, la plupart des autorités de santé où le digital est dans déjà dans les pratiques quotidiennes a décidé d’assouplir les conditions pour recourir à la télémédecine. L’objectif est de limiter les risques de contamination dans les salles d’attente des médecins. Mais les professionnels de santé et les patients n’ont pas attendu cette annonce pour davantage recourir aux services de téléconsultation. Une très forte augmentation des téléconsultations a été enregistrée. Le premier cas d’usage est le renouvellement d’ordonnance. Par ailleurs, les personnes recourant à un service de télémédecine cherchent surtout à être rassurées en cas de symptômes similaires à ceux de la maladie Covid-19, comme la fièvre, une toux sèche.

PROPOSITIONS POUR L’APRES COVID-19

Je vais aborder la question sous l’angle technologique d’une part et sous l’angle méthodologique d’autre part. Et je n’ai pas de solution toute faite à proposer pour endiguer la crise actuelle.

En revanche, je peux proposer une partie d’une éventuelle solution future qui consiste en un ensemble de conseils et de recommandations générales en vue de la mise en place d’une stratégie nationale de transformation digitale du secteur de la santé d’une part et de l’amélioration de l’eXpérience Patient d’autre part, comme présenté ci-après.

RECOMMANDATIONS GENERALES A DESTINATION DU MSPRH ET DES POUVOIR PUBLICS (MOYEN ET LONG TERMES)

Suite à l’apparition du Covid-19, le 31 décembre 2019 en chine, et sous l’égide du bureau de l’OMS, le Ministère de la Sante, de la Population et de la Réforme Hospitalière, a mis en place un plan national de préparation et de riposte à la menace de l’infection coronavirus Covid-19, ayant pour objectif principal d’organiser les interventions du secteur de la sante en collaboration avec les autres secteurs à l’échelle nationale.

Cette stratégie est déclinée selon différents niveaux d’alerte, correspondant à la présence ou non du virus sur le territoire national et a ses modalités de transmission selon une organisation générale du dispositif de prise en charge d’un cas suspect d’infection qui s’appuie sur un certain nombre de structures et d’intervenants (Le médecin praticien, Services d’Epidémiologie et de Médecine Préventive (SEMEP), Les structures hospitalières et les Hôpitaux de Reference (HR), La Direction de la Sante et de la Population (DSP), L’Institut Pasteur d’Algérie (IPA), L’institut National de Sante Publique (INSP), Pharmacie Centrale des Hôpitaux (PCH), Le Ministère de la Sante, de la Population et de la Réforme Hospitalière (DGPPS, DGSS, Pharmacie, secteurs hors sante impliques dans la prise en charge des malades suspects d’infection Covid-19).

Il y’a urgence et nécessité de se doter d’un plan e-santé. Un plan santé de l’État fixant une feuille de route visant les différents et nombreux acteurs à s’impliquer et à s’engager. Cette feuille de route doit mettre en avant les différents chantiers devant considérer tout un ensemble de volets relatifs à la chaîne de santé tels que : les espaces numériques personnels, e-prescription, services territoriaux pour la coordination des soins, messageries sécurisées, les plates-formes numériques de santé, l’analyse de données à grande échelle dans le cadre d’une stratégie nationale.

Ce plan doit œuvrer vers une transformation de l’organisation globale du système de santé algérien tout en recherchant l’amélioration constante de la qualité des soins et l’expérience patient.

Par ailleurs, une telle feuille de route devra mettre en avant la nécessité d’adapter les modes d’organisation du système de santé actuel à l’évolution constante des besoins de soins.

Ce plan a mis en exergue un ensemble de piste pertinentes et même urgentes devant faire l’objet de projets de transformation digitale.

Ce plan peut être un document de référence pour tout projet de digitalisation pouvant émaner des universités, des laboratoires ou des startups.

Ce plan donne une orientation stratégique et une opportunité pour des investisseurs de financer des projets de startups.

Comme attentes de cette transformation digitale, on peut envisager ce qui suit : Une centaine d’applications web ou mobiles innovantes peuvent être crées en un temps record, Des programmes de formation appropriés et actualisés à destination du monde médical et des praticiens de santé, De nouveaux profils ou de métier liés au digital peuvent être crées, Des certifications peuvent être aussi lancées.

Enfin, la feuille de route doit dresser les grandes orientations comme on peut les extraire du plan national Covi-19 et visant à structurer ce plan e-santé favorisant la qualité des soins d’une part et de considérer le patient au cœur de de ce plan. Par ailleurs, il y a aussi nécessité d‘adapter les métiers et les formations aux enjeux de la santé de demain.

Dans cette perspective, le plan e-santé prônera la digitalisation du « parcours patient » offrant sécurité́, confort et un gain de temps aussi bien pour les patients que pour les professionnels de santé.

Par ailleurs, il y a aussi nécessité de mettre en place un HUB DE DONNEES DE SANTE, un ensemble de bases de données de santé ou Système national des données de santé qui devra rassembler les données de l’Assurance Maladie, des hôpitaux, les causes médicales de décès, les données relatives au handicap, etc.

Toutes ces données générées ou produites peuvent faire l’objet des analyses des Big Data, où l’analyse prédictive et les applications d’intelligence artificielle, sont les mécanismes utilisés pour obtenir un aperçu des tendances de ces données.

À l’échelle mondiale, l’utilisation de l’analyse de grandes quantités de données dans le secteur de la santé est encore relativement nouvelle, mais les promesses et le potentiel sont solides.

Les Big Data ont le potentiel de transformer le secteur de la santé, en offrant aux innovateurs de nouvelles possibilités de créer des emplois et de générer de la prospérité économique.

Il est aussi temps d’amorcer des projets d’établissement des CHU (Centre Hospitalier Universitaire), notamment celui relatif au parcours digital du médicament qui va permettre de personnaliser le traitement médicamenteux des patients. L’enjeu de la digitalisation pour le médicament est de passer de la règle des 5 B à la règle des 5 M.

  • Pour un professionnel de santé, la règle des 5 B est de s’assurer d’administrer le Bon médicament, au Bon patient, au Bon moment, à la Bonne dose, par la Bonne
  • Pour un patient, la règle des 5 M est de savoir quel est pour Moi, le Meilleur médicament, au Meilleur moment, à la Meilleure dose, et par la Meilleure

Enfin, il y a lieu de placer l’humain au cœur de tout projet de transformation numérique, mettre l’utilisateur au centre de tout projet informatique et de se préoccuper du besoin avant de déterminer la solution.

NECESSITE D’UNE MISE EN PLACE D’UNE SOLUTION DE COLLABORATION VIRTUELLE AU PROFIT DES PRATICIENS DE SANTE (COURT TERME)

Le Covid-19 est un défi sans précédent. Par ailleurs, avec la propagation de la désinformation et des fake news concernant le Covid-19, qui complique encore davantage la situation induisant une perte de confiance dans les directives des autorités de la santé public générant de la panique et de l’incertitude.

il est recommandé aux autorités relevant de ce secteur de reprendre le fil de la communication de la population en ayant recours ou en se dotant des outils numériques adéquats.

Voici donc quelques conseils et recommandations pour aider le secteur de la santé à y faire face avec tous les praticiens et patients et à faciliter les réunions à distance en temps de crise.

Des outils innovants existent aujourd’hui dans le domaine de la santé sur le marché peuvent être utilisés pour devoir accompagner finalement tous les praticiens de santé tout en garantissant une évolution et un apprentissage linéaire.

A cet effet, il est nécessaire et impératif de réorganiser les lieux pour en faire des espaces collaboratifs, faire confiance aux collaborateurs et mettre entre leurs mains des outils appropriés pour opérer une transition en douceur et organiser des séminaires en ligne pour aider les médecins à « intégrer la téléconsultation dans la pratique ».

Comment conseiller et aider les praticiens de santé à mettre en place une solution de collaboration virtuelle ou digitale et restés connectés dans le contexte de la propagation du virus pour répondre aux inquiétudes et préoccupations de la population et des praticiens de santé quant à leur protection et surtout éviter ou se préparer à une 2ème vague de contamination que je crains fort.

OBJECTIFS VISES PAR LA VISIOCONFERENCE POUR LA TELESANTE
  • Accélérer la collaboration du personnel hospitalier et des spécialistes pour les soins aux patients avec des communications vidéo en temps réel,
  • Collaborer avec d’autres médecins et spécialistes en annotant directement sur l’écran partagé pour que les notes soient visibles de tous les participants,
  • Connecter les médecins, les patients et les spécialistes lors de rendez-vous pour des soins réguliers ou urgents,
  • Partager facilement les images et les résultats des tests avec tous les participants,
  • Renforcer les communications internes,
  • Réduire les déplacements des employés grâce à une éducation permanente et à une formation continue rentables pour les professionnels de la santé,
  • Fournir une éducation sanitaire et des soins préventifs progressifs aux populations de patients à haut risque,
  • Développer les programmes de santé comportementale et mentale en proposant des sessions virtuelles de santé comportementale et mentale en sessions de 1 à 1 ou en groupes, auxquelles les patients peuvent participer de chez eux,
  • Préparer une liste de réponses pour les questions que les patients sont susceptibles de poser, et fournissez autant de détails que possible dans les réponses.
QUELQUES SOLUTIONS DE VIDEO CONFERENCES

Dans le secteur de la santé, le recours à la vidéo conférences à augmenté de 727% entre février et Mars 2020. Ci-après les principales plateformes collaboratives les plus utilisées durant cette pandémie du Covid-19.

    1. ZOOM
    2. BlueJeans Meetings
    3. Microsoft Teams
    4. GoToMeeting
    5. Zoho Meeting
    6. Cisco WebEx
    7. Me
    8. Google Hangouts Meet
    9. Intermedia AnyMeeting

EXEMPLES D’EXPERIENCES DE DIGITALISATION

Estonie

  • Estoniens, experts dans la démocratie numérique et partagent presque toutes leurs données. Ils sont même prêts à transmettre leurs données génomiques.
  • Système d’Information National de Santé opérationnel depuis 2008, contenant plus de 40 millions de documents de santé de toute nature et de tous formats.
  • Centre national du génome contient environ 200000 données individuelles relatives au génome.
  • Un système de e-Prescriptions 100% digitalisé.
  • 2,3 million de requêtes sont faites par les médecins mensuellement.
  • Presque 100% des patients possèdent un fichier digital accessible à travers tout le territoire.

Vers un système de traçage des contacts des malades du covid-19

  • De nombreux pays envisagent de mettre en place un système de traçage des contacts des malades du Covid-19 à l’aide d’une application mobile et respectueuse de la vie privée.
  • C’est une application smartphone téléchargeable d’une façon volontaire qui doit permettre de détecter et répertorier les contacts avec des malades du Covid-19.
  • Cette information sera utilisée de manière pertinente dans les mesures de lutte contre l’épidémie, comme l’accès à des tests de dépistage ou la mise en quarantaine.
  • L’application est inspirée de stratégies déployées par Singapour.
  • Une application basée sur Bluetooth, plus protecteur de la vie privée que la captation des données liées au positionnement géographique via le GPS.

France – StopCovid

Une application de pistage du gouvernement français en cours de développement a été déclarée « conforme » par la CNIL en date du 24 avril 2020, mais à condition de renforcer les garanties de protection des libertés, et d’évaluer régulièrement son utilité et elle est soumise au RGPD.

Allemagne

Berlin choisit une application de traçage de porteurs du coronavirus utilisant la technologie développée par Google et Apple, pour leur architecture décentralisée, abandonnant une solution nationale critiquée pour son défaut de protection de la vie privée.

Une « architecture décentralisée » qui permettrait de stocker les données des utilisateurs sur leur propre téléphone plutôt que dans une base de données centrale.

Europe

  • les équipes de l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria) en collaboration avec les chercheurs de l’institut allemand Fraunhofer, ont élaboré un protocole, nommé « Robert » (pour ROBust and privacy-presERving proximity Tracing), repose sur le partage, par les personnes détectées positives au Covid-19, d’une liste d’identifiants anonymes correspondant aux personnes qu’elles ont croisées pendant la durée d’incubation du virus et détectées grâce à la technologie sans-fil Bluetooth.
  • Ce protocole n’utilise pas les données de géolocalisation des smartphones.
  • Le protocole ROBERT s’inscrit dans le cadre de l’initiative PEPP-PT (Pan European Privacy-Preserving Proximity Tracing), dont le but principal est de permettre le développement de solutions de suivi de contacts respectueuses des normes européennes en matière de protection des données, de vie privée et de sécurité, dans le cadre d’une réponse plus globale à la pandémie.

Etats-Unis 

  • Les grandes entreprises du secteur technologique (GAFAM) poursuivent leurs efforts pour lutter contre la pandémie.
  • Apple and Google, un partenariat pour développer un système de traçage Covid-19
  • Des chercheurs créent une « carte du virus » basée sur des données de Facebook et Google.
  • Une carte étendue à d’autres pays grâce à la communauté Facebook regroupant des milliards de personnes à travers le monde, Facebook est dans une position unique pour aider les chercheurs et les autorités sanitaires à avoir accès à l’information dont ils ont besoin pour répondre à l’épidémie et pour commencer à prévoir la reprise.
  • Les chercheurs de Carnegie Mellon disent recevoir environ un million de réponses par semaine des abonnés de Facebook, et environ 600 000 de la part des utilisateurs de Google.
  • Facebook propose notamment un questionnaire centré sur les symptômes ressentis comme la fièvre, la toux, des difficultés à respirer ou la perte d’odorat.
  • Les données recueillies sont gérées par les chercheurs et ne sont pas partagées avec le réseau social.

Retrouvez l’intervention du professeur Djilali IDOUGHI dans l’émission du Dr. Kamel HADJOUT à la radio Soumam